(article posté en attendant le changement de blog - voir billet précédent)
/!\ Attention, article égocentré et égocentrique. /!\
Je viens de découvrir un truc sur moi aujourd’hui.
J’ai l’âme d’un aventurier.
Mais non ! C’est pas du tout ce que tu crois !
Enfin, un aventurier du XXIème siècle, quoi … un aventurier de la mobilité sociale et intellectuelle.
« Nié ? », me dira-tu. Et je serai entièrement d’accord avec toi.
En fait, j’ai repensé à un truc que m’avait demandé une amie de la prépa y’a quelques jours (ou semaines ? mois ? Ma notion du temps est quelque peu altérée ces temps-ci !).
Bon, allez je me met du Radiohead pour continuer à écrire cet article.
Haem, je disais donc, je pensais à un truc que m’avait demandé une amie de la prépa : je veux faire quoi de ma vie, plus tard ? C’est quoi mon projet de vie ? Je lui avais déjà parlé de ce que je voulais faire l’année prochaine : changer de prépa pour aller en prépa éco, pis aller soit en éco de l’environnement, soit en éco du développement après… ou à l’EHESS… ou à l’ENSAI, voire à l’ENSAE si je m’en sors beaucoup mieux l’année prochaine … enfin bref !
Elle, m’avait dit qu’elle voulait s’installer en Bretagne, vivre sa vie là-bas, tranquillement en quelque sorte. Je ne me rappelle plus bien de ce que je lui ai répondu, mais ça devait être un truc du genre « euuuuh bah … je sais pas vraiment … », ou autre subtilité du même genre. Je savais que je ne voulais pas vivre de vie tranquille en Bretagne. En fait, je me voyais travailler dans l’environnement, ou dans l’aide au développement, ou dans la statistique, ou dans la recherche, voire comme prof …
Mais là, il y a à peu près une demie heure au moment où j’écris ces lignes, l’illumination m’est apparue, le ciel des idées pures m’a entrouvert ses portes pour me fournir un égoscope.
Carpe diem.
Voilà. Ça sera ça, ma vie. Et c’est devenu ça depuis un bout de temps : quand, progressivement, je suis devenu quelqu’un d’heureux. Vivre au jour le jour. Faire ce que je peux, quand je le peux. Aider le monde comme je pourrais, peut-être pour pas abandonner tout de mes vieilles utopies. Et puis faire le plus de choses possibles, vivre le plus de choses différentes possibles. Pour moi, pour comprendre le monde, pour les autres.
Carpe diem. Ça a commencé en quatrième ou en cinquième, je crois. Le jour où un gamin s’est dit « Je veux plus stresser la veille de la rentrée ! ». Qu’il voulait profiter de ses derniers moments de vacances. Il y est pas arrivé tout de suite, mais son succès a été assez rapide.
Par la suite, ça a pris des ampleurs qu’il n’aurait pas voulu. Le stress lui est progressivement devenu un sentiment inconnu, presque inconnu. Pour le théâtre, pour les contrôles, puis pour tout. Ça a créé quelques catastrophes, il s’est mis à beaucoup moins bosser aussi (enfin, ça, il n’en a subi les conséquences qu’en hypokhâgne, le con…). Il a connu quelques traumatismes qui l’ont enfermé dans son monde, qui lui ont fait apparaître cette absence de stress comme une malédiction : en période de malheur, tout avenir lui était bouché. En abandonnant le stress, il avait abandonné l’espoir. L’espoir, c’est pile, le stress, c’est face. Ce sont tous deux des manières d’appréhender l’avenir. Ce que j’ai fait en quatrième, ce n’est pas supprimer le stress. C’est supprimer l’avenir.
« J’ai cours demain ? Je m’en fous, j’en profite. Jusqu’à la fin. » On finit par se le dire pour tout, et on fait pas le nécessaire pour bien préparer le lendemain, les lendemains qui chantent en quelque sorte. Dans le cas des cours, le travail. Dans le cas du théâtre, la préparation psychologique. Et ainsi de suite. Du moins, c’est ce que je me disais.
(Reprend ton souffle. C’est bien.)
Pourtant, l’instant implique l’après ; l’aujourd’hui, le lendemain. Jusqu’en première S, je suivais ma route par défaut, en fonction de ce que je pensais naïvement de moi parce que d’autres le pensaient. On m’a menti quand on me disait que j’étais seul parce que j’étais plus mature que les autres, mais j’y ai cru. On m’a menti quand on m’a dit que la voie scientifique, c’était ma voie, mais j’y ai cru. La première S a été l’année de deux désillusions qui ont changé ma vie, qui m’ont fait prendre à nouveau conscience du lendemain de manière sérieuse. Des souffrances sans lesquelles j’aurais été un abruti pour le reste de mes jours. La première souffrance est celle du moi scientifique. Ça ne pouvait plus tenir.
Du coup, je me suis rapidement intéressé à la politique, énormément, certain(e)s lectrices(teurs) en connaissent quelques raisons, mais cette désillusion scientifique en est aussi une. Mon utopie politique est née d’une certaine fille. Qui a elle-même été la source de la seconde désillusion : non, je ne peux pas sauver le monde avec mes petits bras, mes mains empotées et ma langue maladroite… mais au moins j’avais appréhendé l’avenir : je voulais sauver le monde. Parce qu’elle attendait ça de moi dans un premier temps, mon avenir était tout tracé. Politique. Politique. Politique. Mais non. Plus politique, enfin, moins politique. (yesss j’en suis à la chanson No Surprises ! trop bon ! Après ça, je passe à Manau. Ben quoi, « j’entend le loup, le renard et la belette » ça se prête tout-à-fait aux réflexions égocentrées …*). Haem, il ne s’agissait plus de sauver le monde, donc : elle me l'a fait comprendre par la suite assez violemment. Après un tel traumatisme (penses-en ce que tu veux), je me suis ouvert l’esprit : en entrant à Greenpeace, en fréquentant les ciné-débats et autres topos de la fraction de Lutte Ouvrière, en fréquentant l’association Survie … par la même occasion, je me sortais de mon isolement. C’était en première ES. (la lectrice attentive aura remarqué que j’ai changé de filière. Désolé pour les lecteurs du sexe beauf, mais j’ai dû faire un choix grammatical cruel.) A partir de là, un certain bonheur a commencé peu ou prou à supplanter mon malheur chronique. Petit à petit. J’éprouvais du plaisir à faire ce que je faisais. J’aimais ça. J’aimais mes études, et j’aimais la politique.
J’avais, en quelque sorte, réussi à lier avenir et présent : je faisais un truc que j’aimais et qui me permettrait de continuer ainsi jusqu’à la fin de ma vie. Tu va me dire : rien de bien aventurier, jusque là. A ce moment-là, c’est la même chose de passer une vie tranquille en Bretagne - tu es arrivé à trouver ton truc, c'est cool, mais ça va pas bien loin. Tu peux aussi profiter à fond des sourires des enfants et des oiseaux qui chantent, c'est super, mais si jamais tu te prends un pain dans la gueule, tu profites aussi de l'instant présent ? Non, enfin si tu profites de l'instant présent tu souffres encore plus et la Grande Synapse va probablement t'ordonner de répondre violemment à cet affront. On est d’accord, mais le problème, tu vois, chère lectrice (lecteur, reporte-toi à ma remarque précédente), c’est que tu m’interromps sans me laisser aboutir au profond fonds** de ma pensée. Du coup, je saute deux lignes (tu l’as cherché).
Le truc dont je ne me rendais pas compte, c’est que j’avais adoré changer, j’avais adoré découvrir de nouvelles choses. Ce bonheur n'était pas dû à une statique mais à une dynamique, donc. Passer de scientifique à économique. Cette année, j’ai aussi kiffé être en prépa littéraire. Et l’année prochaine, je refile du côté économique de la force.
Sans ce bonheur que l'on peut appeler dynamique le temps d'un paragraphe, je vivais toujours au jour le jour ; je n’avais toujours aucun espoir pour mes lendemains ou si peu, j’aimais ce que je faisais, point, et je pensais à un avenir global, qui ne me concernait finalement que très indirectement. Je crois que c’est toujours un peu le cas aujourd’hui, d’où mes problèmes pour bosser.Mais voilà ce que j'appelle un carpe diem immature : on kiffe ce qu'on a et on va pas plus loin
Mais, à présent, je m’en fous, de ces problèmes collatéraux. Je lutte contre eux comme je peux. Car d’un carpe diem immature, du carpe diem du malheur, je suis passé à un carpe diem mature, le carpe diem du bonheur. Un bonheur sans espoir, un bonheur désespéré.
Le carpe diem mature, c'est le carpe diem capable de rejeter l'instant présent. Si ce carpe diem est vraiment mature, il permet de profiter de l'instant présent tout en prenant compte des erreurs du passé et des risques du futur pour pouvoir conserver cet instant (pour prendre un exemple, on va pas prendre des drogues pour avoir du plaisir pendant quelques instants tout en sachant que cela implique d'être détruit à vie, sauf si l'on est resté au stade du carpe diem immature), mais c'est aussi le carpe diem qui est capable de rejeter l'instant présent au sens où celui-ci n'est pas toujours agréable, comme le fait d'attendre dans un train pendant cinq heures sans avoir rien pris pour lire et avec pour seul compagnon un trader en train de vérifier l'état de ses actions (c'est du vécu, snif). Car on ne peut profiter de tout instant, y compris de ceux les plus désagréables de la vie (il y a malheureusement pire que les voisins traders) : savoir rejeter ces moments dans ce qu'ils ont de plus désagréable (dans ce qui génère, en nous, le plus de malheur), c'est aussi créer une facilité pour les affronter et pour les résoudre. Se morfondre sur une situation ne résout rien, n'est-ce pas? Et on risque toujours plus de se morfondre lorsqu'on est incapable de faire abstraction de l'instant, comme c'est le cas lorsqu'on est habitué à un carpe diem immature.
On ne peut vivre au jour le jour que si l’on est capable de profiter du jour, de l’instant, ce qui implique tout ce que je viens de dire. Ce qui permet de profiter du jour, en ce qui me concerne, c’est la curiosité, et je crois qu'en ce point le bonheur est relatif ! Pour moi c'est la curiosité, pour toi c'est l'observation des poulpes des lacs alpins. Du moment que tu es capable de profiter de ton poulpe - sans mauvais jeu de mots - en te préservant de ce qui pourrait t'empêcher de voir des poulpes ou de découvrir d'autres formes de bonheur, à savoir, je sais pas, te préserver des méchants chasseurs de poulpes, et préserver tout ce qui fait que tu peux avoir l'occasion d'observer des poulpes (à noter que passer sa vie à observer des poulpes, ça serait tout de même triste, mais yen a bien qui passent leur vie à observer des mangas ou autres. Je devrais réfléchir une autre fois sur les natures de bonheur envisageables, et sur les différentes formes de bonheur. Il me semble que le carpe diem mature doit toujours inclure l'idée qu'un autre bonheur est possible, même si mon cas est peut-être extrême - je veux signifier, à travers mon exemple poulpesque, qu'une monomanie est toujours possible).
En ce qui me concerne, je vais passer ma vie à découvrir et à créer. Voilà. Pas question d’être rangé. Je veux être artiste surtout, je veux découvrir des gens intéressants, je veux être voyageur, je veux connaître différentes situations sociales, comprendre les gens et comprendre le monde en ce qui implique la vie. Je crois qu’en ce sens, ce carpe diem est synonyme de liberté, et la liberté est synonyme de bonheur, ou en tout cas de mon bonheur.
Une des conditions de la liberté serait-elle de découvrir son bonheur (+) ?
Et toi ? Quel est ton bonheur ? J'ai trouvé le mien ce soir.
Allez, c’est parti pour l’aventure ! I’m not a poor lonesome cowboy, mais file-moi mon lasso*** !
Ce soir, carpe au menu !****
Post Scriptum : Peut-être que je changerais de perspective le jour où j’aurais des gosses, si j’en ai, et qu’à ce moment-là je voudrais me ranger. Mais … on verra bien à ce moment-là !
* Ceci est une pure fiction de ma part, rassure-toi. Pour Manau j’entend, pas pour Radiohead :o
** Et non pas au profond fonds les marionnettes et puis s’en vont.
*** Quelle orthographe barbare, quand même, « lasso ». Moi j’aurais orthographié ça « lasseau », ça aurait été plus subtil quand même, non ?
**** Ceci est également une fiction de ma part (cf *). Je suis végétarien. En plus, l’état de mon estomac ne me permet pas un tel repas.
(+) Si l'on parle de liberté comme singularité. Personnellement, j'aurais plutôt tendance à penser qu'on est plus ou moins libres, mais qu'on l'est toujours un peu (accroître sa liberté consisterait alors à prendre conscience en profondeur de ce qui fait qu'il y a une limitation de liberté, comme la présence déterminismes sociaux - et dans cet article, je propose que la découverte de sa manière d'être véritablement heureux est accompagné par une croissance de libre-arbitre chez le sujet, mais cela reste une proposition peut-être complètement HS).
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J'ai donc demandé en bon alsacien : "Vous aurié des galaites bretaunes,
s'il-vous-plé?"
Ouuuh le zouli lycée qui était l'Ancien Collège Royal, et premier lycée d'Alsace!
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